Les fourberies de Scapin de Molière (2015-2016)

DOSSIER COMPLET

Farce tout public / 4 acteurs, 6 masques, 10 personnages

LE SPECTACLE

Depuis 2013 en Auvergne, Les Fous Masqués mènent un projet culturel, ambitieux et rare en proposant un théâtre populaire en plein air. Leurs farces masquées partent chaque été en itinérance à la rencontre des spectateurs dans des lieux singuliers, hors des sentiers battus. Après Le mariage forcé de Molière en 2013 et Le singulier trépas de Messire Ulenspiegel de Michel de Ghelderode en 2014, Les Fous Masqués créent Les fourberies de Scapin de Molière en juin 2015.

Ce troisième spectacle, pourvu d’un tout nouveau décor – un tréteau, une porte, des caisses à poissons – creuse le parti pris grotesque des masques modernes en bois avec lesquels ils travaillent. Deux nouvelles comédiennes ont rejoint la troupe à l’occasion de la création de Scapin et trois nouveaux masques ont été sculptés par Etienne Champion, collaborateur émérite de la compagnie. Dans une mise en scène pleine de truculence et de virtuosité, les 4 acteurs entretiennent pendant 1h20 un rapport complice avec les spectateurs.

Pour cette création, la compagnie a répété au Studio Serreau du Théâtre National de l’Odéon et été accueillie en résidence artistique dans l’Allier par les communes de Verneuil-en-Bourbonnais et de Bègues. Elle a entre autres été soutenue par le Conseil Général de l’Allier et l’Association de la Route Historique des Châteaux d’Auvergne.

De Juin à Août 2015, 28 représentations ont été données dans 27 lieux pour plus de 2500 spectateurs, dans 6 départements. Plusieurs rencontres et ateliers ont eu lieu autour du spectacle à destination de classes de primaire et de collège de l’Allier. La troupe a également joué le spectacle en maison de retraite. L’ensemble de ce projet a fait l’objet d’un documentaire, en cours de montage par le collectif vidéo Zumb. C’est ce collectif qui a réalisé la bande-annonce et la captation complète du spectacle.

Pour la saison 2015-2016, une deuxième tournée des Fourberies de Scapin s’organise en Auvergne : dans l’année pour les collèges et les institutions, dans l’été pour de nouveaux lieux (communes, associations culturelles, châteaux, etc). Une tournée en France d’Outre-mer et à l’étranger est également en cours de production pour la saison 2016-2017.

Ce spectacle est actuellement en cours de diffusion. Pour accueillir une ou plusieurs représentations : contactez-nous.

Mise en scène : Pierre YVON
Création Masques : Etienne CHAMPION
Scénographie : Henri ALEXANDRE

Avec
Henri ALEXANDRE : Octave, Géronte
Elissa ALLOULA : Scapin, Zerbinette, Nérine
Sarah GLOND : Sylvestre, Hyacinte, Carle
Pierre YVON : Léandre, Argante

L’OEUVRE

En l’absence de leurs pères et avec la complicité de leurs valets Scapin et Sylvestre, Léandre et Octave se sont mariés tous deux en cachette : le premier avec Zerbinette, une belle égyptienne, le second avec Hyacinte, une pauvre orpheline.

De retour de voyage plus tôt que prévu, Géronte et Argante, les pères, découvrent ces unions contraires à leurs projets – Géronte ayant promis sa fille d’un premier mariage au fils de son ami Argante. Rage, drames et sévères punitions en prévision. C’est sans compter sur Scapin, qui, toute la pièce durant, laissera libre cours à son génie de l’intrigue pour apaiser la colère des pères et leur soutirer de l’argent pour leurs fils.

Valet repris de justice, soi-disant détaché des affaires du monde, Scapin met son talent au service des fils capricieux, égratignant au passage l’autorité des pères tout puissants. Maître de l’improvisation et du tempo, ce fanfaron, sûr de lui et sans scrupules, use de tous les moyens pour arriver à ses fins.

En 1671, Molière écrit et met en scène à presque cinquante ans, sa trentième et avant-dernière pièce dont il interprète le rôle-titre. Devenue légendaire, elle marque son dernier hommage aux farces de sa jeunesse…

Depuis trois ans, Molière écrit principalement sur commande de la cour des pièces à grand spectacle, avec musique, danse et machinerie. En Janvier, Psyché, une gigantesque tragédie-ballet écrite en collaboration avec Corneille, Lully et le poète Quinault obtient un succès complet au Palais des tuileries.

Avant de présenter la pièce en juillet dans son propre théâtre, l’auteur est contraint de le rénover. Les travaux du Théâtre du Palais-Royal achevé, Molière, craignant l’accueil du peuple parisien face à cette tragédie avec parties chantées, en vers de style très soutenu, écrit à toute vitesse une pièce légère qui ne nécessite pas de décor particulier. Une dernière farce, souvenir de sa jeunesse, censée amadouer son public, remplir sa salle et renflouer ses caisses.

La première des Fourberies de Scapin a lieu le dimanche 24 mai 1671. Représentée dix-huit fois seulement, la pièce ne rencontra en réalité qu’un maigre succès. Reprise par la troupe après le décès de son auteur, elle deviendra finalement une des œuvres majeures du répertoire théâtral mondial.

Pour Les Fourberies de Scapin, Molière s’inspire du poète comique latin Térence, comme il s’est inspiré de Plaute pour l’Avare ou Amphitryon. Il emprunte également des passages à ses contemporains, notamment à Cyrano de Bergerac pour la célèbre scène de la galère. Le déroulement rapide de l’intrigue romanesque, truffée de procédés comiques bien connus, les personnages grotesques, toujours dans l’action, caractérisent cette dernière farce de Molière.

Le personnage de Scapin tient à la fois de l’esclave rusé des comédies latines et de Scappino, personnage de la commedia dell’arte, zanni bouffon et vengeur, proche du valet insouciant et cupide Brighella. Pris à son propre jeu, il joue des tours pour le plaisir de courir un danger et justifie sa malice par une philosophie proche de celle de Dom Juan : « Je me plais à entreprendre des entreprises hasardeuses […] et je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir la suite des choses, n’osent rien entreprendre ».

En 1736, le journal Le Mercure de France, rapporte d’ailleurs que les rôles des deux pères, Géronte et Argante, sont joués sous le masque. On ne sait rien de la vérité historique des premières représentations, mais on peut penser que Molière utilisa, pour partie, les archétypes masqués de la comédie italienne.

INTENTION DE MISE EN SCÈNE

Cruauté, avarice, vénalité, manipulations, inégalités sociales, aspirations contrariés de la jeunesse : encore aujourd’hui, cette farce tricentenaire fait écho à notre temps. Les pères despotiques s’arrangent entre eux au détriment de leurs fils tandis que ces mêmes fils bafouent leurs pères, réclamant lâchement à leurs valets une solution miracle et immédiate. A ces pauvres diables, au dernier rang de l’échelle sociale, de payer les pots cassés.

Dans cette mise en scène, tout est affaire de virtuosité. Changeant de lieu de représentation tous les jours, les acteurs évoluent dans un décor brut monté pour l’occasion – un tréteau, une porte, des caisses à poisson – entre dock et ring de boxe, lieu sombre où se joue le dessous des affaires. Ce décor met en valeur les différents lieux, laissant apparaître leurs reliefs en toile de fond. Les masques, costumes et maquillages jouent sur l’intemporalité du propos, au service des caractères des personnages et de leurs situations.

Les quatre acteurs interprètent chacun plusieurs des dix personnages de la pièce, masqués ou non, changeant leurs voix, leurs postures et leurs costumes. Les pères jouent les fils, les femmes les valets et les spectateurs complices voient l’histoire se raconter dans un ballet virevoltant dont le rythme s’accélère de scènes en scènes. Ils sont témoins des travestissements successifs, le plus souvent cachés mais joués parfois devant leurs yeux, comme un tour de passe-passe.

Sur scène, le jeu masqué permet de grossir le trait de la farce et de déployer toute la truculence des personnages, tout en s’adressant directement aux spectateurs. Les personnages masqués restent sans cesse à l’affût des réactions du public et des incidents extérieurs qui peuvent être intégrés au jeu, provoquant ainsi improvisations, lazzis et décalages.

Chaque soir, les acteurs accueillent les spectateurs, partagent avec eux le temps de la représentation et les invitent à l’issue du spectacle à discuter et passer derrière les coulisses. Tout est mis en œuvre pour faire de l’évènement d’un soir, une vraie rencontre entre artistes et spectateurs.

Pour cette troisième création, la compagnie creuse donc le sillon artistique qui fait sa singularité : un théâtre de foire moderne, par le biais du masque et d’un jeu proche des spectateurs.